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Ma nouvelle publiée dans le Muze de Printemps





Un Ex dans la Tête


Lorsque je me réveille ce matin, une idée fulgurante me traverse l’esprit. Il faut bien que je trouve une solution au problème de ma vie, non ? Oui, car il faut bien l’avouer, j’ai un problème grave à résoudre. Un problème qui me bouffe nuit et jour tant et si bien que j’engloutis des tonnes de glace Haägen-Dazs à la vanille et aux noix de macadamia en y réfléchissant et en espérant qu’une solution miracle se présentera sur un plateau d’argent. Malheureusement, aucune issue ne m’a jamais semblé possible. Jusqu’à ce matin. L’adage « la nuit porte conseille » me semble enfin approprié ! En émergeant d’un sommeil profond dans lequel George Clooney me faisait des trucs incroyables, et un ouvrant péniblement un œil, la solution surgit, et paf, me frappe de plein fouet.

Je dois également avouer que ce jour n’est pas anodin, c’est celui de la dernière chance. Après, il sera trop tard. Et si je ne fais rien, je me mordrais les doigts jusqu’à la fin de ma vie en engloutissant des tonnes de crème glacée sur mon canapé. Et surtout, je finirais ma vie seule.
Toute seule.

Tout en me préparant, je réfléchis à la stratégie à adopter. Je décide de faire la totale ce qui inclue douche et épilation à la cire (enfin au rasoir vite fait mais je ne devrais pas l’avouer), brushing et maquillage de pro juste au cas où. Je dois être séduisante pour que mon plan fonctionne. Il suffit que je me pointe sur le lieu de l’événement et que je le trouve parmi les invités. Quand il me verra, il tombera raide dingue. Facile. Mais je n’oserais jamais. Sauf si…

Non, jamais je ne pourrais ! Et pourquoi pas ? Je me fige en imaginant les conséquences de mon geste. Les yeux fermés, je fais semblant de l’embrasser. Mes lèvres bougent dans le vide. Heureusement que personne ne me voit car la situation est ridicule. Tant pis, ma décision est prise.

Première étape : un petit team building pour moi toute seule. Je travaille dans l’événementiel et je suis ainsi habituée à organiser des séminaires de motivation ! Construction d’igloos, olympiades ou encore fresques géantes à peindre à plusieurs, je suis parée et ces activités n’ont plus de secrets pour moi. Bon, là, je suis seule. Je décide donc de me faire un petit atelier culinaire de fabrication de cocktails. Après un rapide coup d’œil dans mon frigo, je débute la préparation d’un pichet de mojito. J’écrase quelques limes avec des feuilles de menthe fraîche, ajoute quelques cuillères de sucre brun et verse une généreuse rasade de rhum et d’eau gazeuse. Mmmh, ça sent bon ! Une fois le premier verre siroté, je trouve que mon petit studio manque d’ambiance. J’allume la radio qui hurle le dernier tube de Lady Gaga. Je me resserre un petit verre que je bois cul sec. Oh, je flotte ! Oh, je suis invincible ! Une tige de feuille de menthe en guise de micro, je chante à tue-tête en me dandinant sur les notes entraînantes. C’est bon Céline, tu es la meilleure, la plus belle, la plus sexy, la plus… je cherche mes mots quand mes pieds se prennent dans le tapis. Je tombe lourdement sur les fesses. J’éclate de rire. Heureusement, que je possède un bon rembourrage de ce côté-là! Je me relève en m’agrippant au porte manteau. Après, l’avoir remercié, je décide d’aller répéter mon speach pour le grand événement. Ouh, il ne faut pas que je traîne, il est presque l’heure de mon show. Je sors de mon studio en titubant légèrement. Je ne me souvenais pas que le sol était aussi incliné à cet endroit. Je me rattrape à un palmier et l’enlace en lui affirmant qu’il est le plus beau palmier que j’ai jamais vu de ma vie. Ben tiens, je vais m’exercer et répéter mon petit discours à mon nouvel ami le palmier. Je me racle la gorge et prend une voix suave et sexy :
             ¾    Tu sais que tu es le plus beau ? Tu as des… heu… des feuilles tellement… jolies.

Je rote. Oups. Il ne faudra pas que ça m’arrive en face de Vincent sinon je ne suis pas sûre de réussir ma petite entreprise. Je reprends et me concentre en plissant des yeux. Dès que je le verrai, je lui dirai :
¾    Vincent, ne fais pas ça, c’est une grave erreur.
Et, là il me répondrait :                              
¾    Céline, que fais-tu ici ?
¾    Je viens t’avouer mon amour !
Il me regarderait droit dans les yeux et poursuivrait en souriant :
¾    Ô Céline, tu es la femme de ma vie ! Merci de m’avoir empêché de faire une bêtise.
A ce moment-là, nous quitterions le magnifique jardin et ferions l’amour comme des fous. Nous aurions trois magnifiques enfants, Céline Junior, Vincent Junior et… la sonnerie de mon portable retentit à ce moment-là, interrompant ma prophétie que j’espère auto-réalisatrice !
¾    Allô, je grogne en réprimant une remontée de mojito.
¾    Céline, je t’appelle pour savoir comment tu vas ?
La barbe ! Pourquoi mes amies ne peuvent-elles pas me laisser tranquille dans mon malheur ? Surtout aujourd’hui que diable !
¾    Je ne me suis jamais sentie aussi bien Sabrina, promis, juré, craché.
Je crache bruyamment par terre pour illustrer mes propos et pour paraître crédible !
¾    Tu mens mal. C’est aujourd’hui le grand jour non ?
¾    Je ne vois pas de quoi tu parles, je réponds de mauvaise foi.
¾    J’espère que toute cette histoire n’est pas trop difficile pour toi. Et puis, pas besoin de jouer à l’autruche avec moi. Je parie que tu es chez toi en train de manger de la glace Haägen-Dazs en regardant « Pretty Woman ».

Haha, faux ! Tralala ! Je parle à un palmier et je m’apprête à changer ma vie. Vive le bonheur et vive l’amour. Vincent, me voilà ! Je grimpe dans le bus à destination du jardin botanique et répète mon discours en murmurant.

Quand j’arrive sur le lieu où mon avenir amoureux va se jouer, je ne peux m’empêcher d’être admirative. Le jardin est magnifique. Les bouquets de lys soyeux et de roses couleur crème embaument l’air de leur parfum délicat. Les invités papillonnent de buffets en buffets une coupe de champagne à la main et l’immense gâteau à plusieurs étages se dresse fièrement au milieu de la plus grande tente. Une musique romantique résonne et j’aperçois un quatuor à cordes à quelques mètres de moi, entraînant dans leur danse des couples de bienheureux. Je tente de repérer Vincent au milieu de la tonne d’invités. Afin de me donner du courage, je saisis encore une coupe de champagne sur un plateau transporté par un jeune homme habillé en pingouin. Quelques hôtes me jettent des regards hautains. Bon, c’est vrai que je détonne un peu avec ma mini robe noir de chez Morgane à côté des femmes habillées en haute-couture et chapeaux extravagants à plumes. Mais, le noir me met en valeur voyez-vous. Cette teinte se marie à merveille avec mes cheveux blonds méchés. Bref, là n’est pas la question. Je dois repérer Vincent et lui faire la plus belle déclaration d’amour de sa vie.


Les invités se rassemblent gentiment autour de l’autel érigé pour l’occasion. Il est magnifique avec ses entrelacs en osier entourés de roses rouges. Mais, je ne dois pas me faire remarquer tout de suite sinon mon plan risquerait d’échouer. Je compte agir à un moment précis, THE moment ! Je me planque derrière un arbre, une coupe de champagne à la main et je tends l’oreille. Le moment approche. Le prêtre annonce solennellement :
¾    Si quelqu’un s’oppose à cette union, qu’il parle maintenant ou qu’il se taise à jamais.
¾     
Je frissonne et bondis de ma cachette ! Haha ! Je crie :

¾    Vincent, arrêêêête. Ne fais pas ça, c’est une erreur. Je t’aime plus que tout au monde. Ne gâche pas ta vie avec cette fille, elle ne te mérite pas tandis que moi je…

L’assemblée est médusée. Mon petit effet a fonctionné à merveille. Vincent va se retourner et courir vers moi pour m’embrasser. Mais mais mais…

Quand il s’est retourné et que je l’ai vu devant l’autel, je n’ai pas pu y croire. Il semblait plus grand dans mes souvenirs. Pas blond en fait. Et sa fiancée n’était pas rousse mais blonde. Et… La honte. J’ai envie de me liquéfier sur place. De disparaître dans un trou de souris. De n’être jamais née. Et ne vous moquez pas ! Mon plan pour reconquérir Vincent aurait pu marcher à la perfection. Comment ça non ? Mais si ! Enfin, il aurait pu fonctionner si… je ne m’étais pas trompée de mariage.

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